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CR par Suzanne Ravis de : Agnès Verlet, Les aventures du dernier Abencérage », Gaiimard, 2006.

mercredi 15 février 2006, par L. V.

François René de Chateaubriand
Les aventures du dernier Abencerage Lecture accompagnée par Agnès Verlet
Maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille I

La bibliothèque Gallimard, éd. Gallimard, 2006 , 128 pages.

La bibliothèque Gallimard, collection conçue pour faciliter aux jeunes lecteurs l’accès à des textes ou mouvements littéraires grâce à un accompagnement pédagogique bien choisi, propose sous la signature d’Agnès Verlet, spécialiste reconnue de Chateaubriand, une "lecture accompagnée" des Aventures du dernier Abencerage. On y trouve une introduction séduisante et dense à cette courte nouvelle hispano-mauresque, "récit autobiographique déguisé" (A.V.).
Elle se prolonge par les échos de Chateaubriand chez Proust et Aragon : "c’est surtout dans Le Fou d’Elsa (1963) qu’Aragon s’inscrit dans la trace de Chateaubriand par un jeu intertextuel avec le Dernier Abencerage", écrit A. Verlet, après avoir signalé la présence de Chateaubriand dans La Semaine sainte. Cette intertextualité apparaît en effet dès la prose liminaire du Fou d’Elsa (pages 16-17 de l’édition originale, 17-19 en Folio), où la référence à Chateaubriand introduit deux thèmes très importants : celui de la "censure que l’écrivain croit devoir s’imposer", qui le conduit à passer par la fiction romanesque et la poésie pour "révéler de façon détournée une vérité de l’Histoire" (A.V.), et celui des falsifications de l’histoire-légende. "De quels mensonges s’écrit ainsi l’histoire, il ne semble pas que les siècles y aient rien changé" (Aragon). L’ouvrage rappelle aussi l’épisode mystérieux de la rencontre amoureuse, à Grenade, de "François-René" et Natalie de Noailles ; l’espoir né du couple uni, célébré dans le poème d’Aragon "Le rendez-vous", sera démenti par le texte suivant, "Les temps du couple ne sont pas venus". Le Fou d’Elsa est également rapproché de Chateaubriand pour l’exaltation de la culture arabo-andalouse et pour certains aspects de son écriture : "la diversité des styles, des registres", le jeu avec "les références littéraires", "le mélange des genres et l’usage de la métaphore pour dire l’Histoire et raconter son histoire" (A.V.).
Dix pages du petit volume sont consacrées ainsi à un prolongement vers Aragon, dont sont offerts à la lecture plusieurs longs et beaux extraits du Fou d’Elsa. Gageons qu’ils seront pour beaucoup d’enseignants et de jeunes lecteurs une révélation.
Suzanne Ravis

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