Érita : Équipe de Recherche Interdisciplinaire Triolet / Aragon
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Daniel Bougnoux et Cécile Narjoux commentent Le Roman inachevé, 2007

jeudi 1er mars 2007, par L. V.

Daniel Bougnoux et Cécile Narjoux commentent Le Roman inachevé d’Aragon Collection Foliothèque Gallimard

VOLUME PARU

Extrait de l’introduction de l’ouvrage et table des matières :

[...] Par une coïncidence aggravante, l’ouvrage parut, le 5 novembre, au moment où les chars soviétiques écrasaient le soulèvement populaire de Budapest. Adossé à ces épisodes tragiques, ce titre inaugure dans l’œuvre et la vie d’Aragon le grand tournant de sa troisième période, celle de révisions déchirantes encore presque impossibles à dire, et à penser. Un fond indicible longtemps refoulé travaille le texte, moins régulier mais plus audacieux que celui du recueil précédent ; une vie s’expose dans ses fractures, ses doutes ou ses colères, avec l’énergie d’aimer quand même, et de toujours désespérément croire  : « J’appartiens à une catégorie d’hommes qui ont cru, comment dire pour marquer d’un mot l’espoir et le malheur : qui ont toute leur vie cru désespérément à certaines choses (...) », écrit Aragon en 1967 dans « La Fin du Monde réel » .
« Vint mil neuf cent cinquante-six comme un poignard sur mes paupières » (243), avoue Aragon dans « La Nuit de Moscou ». Lui-même marchant sur ses soixante ans, plusieurs poèmes semblent écrits du point de vue du « vieil homme » (titre de la page 168), et cette absence d’avenir sera le motif explicite du Fou d’Elsa qui va suivre ; or ce futur refusé concerne aussi l’espérance révolutionnaire, et ce constat d’un réalisme sans avenir dominera la troisième période de son oeuvre. Confronté à ces sombres perspectives, le couple-phare du Parti a quelques raisons de s’inquiéter de l’image que tous deux vont laisser, et, comme écrira Elsa avec sa lucidité coutumière dans une lettre à sa sœur Lili en novembre 1962 : « Ce n’est pas nous les faux-monnayeurs, mais nous avons tout de même mis les fausses pièces en circulation, par ignorance » .
La réponse d’Aragon aux démentis de l’Histoire fut celle d’une création éblouissante. Tout se passe comme si l’écriture, décisive, -mesurée, du Roman inachevé avait libéré un poète-romancier qui ne va cesser de produire, dans les années suivantes, une succession de chefs d’œuvres, ici contenus en germe : La Semaine sainte (1958), Les Poètes (1960), Le Fou d’Elsa (1963), La Mise à mort (1965), Blanche ou l’oubli (1967)...Fertile en interrogations, Le Roman inachevé, livre somme, pluriel, foisonnant, hybride et « ouvert » à la fois, qu’on a pu dire tout autant poème, recueil, roman, romance et autobiographie, accumule délibérément les contradictions et les transgressions, sur le fond comme sur la forme.

Le Roman inachevé frappe d’abord par sa construction soignée, l’écheveau des passions qui le tissent et l’importance de son contenu autobiographique ; plutôt que recueil, notion qui risque de méconnaître la composition organique des grands textes poétiques. Aragon préfère, à juste titre, appeler ceux-ci « poème » au singulier, pour souligner leur unité, et notamment chronologique, quelle que soit leur longueur : Le Fou d’Elsa (quatre-cents pages) est un poème.

Tenaillé par l’urgence de faire le point, Aragon y met à plat tout le cours de sa vie sans escamoter les drames de son enfance, l’explosion de la Grande guerre ni les déchirements des années vingt : les amitiés surréalistes sont évoquées, et il consacre à l’amour de Nancy Cunard (Nane, sa grande passion des années 1926-1928) des poèmes dont Elsa put se montrer jalouse. Le théoricien du réalisme socialiste qu’on vit, en 1954, prôner le retour au sonnet, explose ici dans des rythmes et des rimes d’une grande liberté : le souffle lyrique, la tendresse, l’humour grinçant balaient la page avec une souveraine liberté de ton ; tout se passe comme si Aragon, conscient d’être placé à cette date au carrefour de l’immobilisme et d’un sursaut de sa création, pariait sur l’audace, et cherchait, par le renouveau de sa poésie, à garantir, aux yeux de ses meilleurs lecteurs comme aux siens, une renaissance de l’espérance révolutionnaire alors compromise.
Aragon, qui aura raconté sa vie dans sa poésie plus que dans ses romans, en a fait son unique « autobiographie » [...]

TABLES DES MATIERES

Table

ESSAI

I. UNE VIE DANS L’HISTOIRE
1956, « ANNEE TERRIBLE »
Chronologies du « je »
Clivages - Édifier / Déconstruire
LE DIT
Enfance - Femmes, amours - Surréalisme - Guerres - Moments sensibles - Voyages, errance - Militance, espérances
LE NON-DIT
Dire et montrer - Brouillages et impasses - Secrets - Indicible et contrebande

II. QUESTIONS DE GENRE
ROMAN ?
Autobiographie, autoportrait, théâtre - Première personne - Deuxième et troisième personnes - Le nom propre - La sincérité
POESIE, MELODIE
Analogie - Similitudes - Image - Rythme - Chant - Aller à la ligne
ART POETIQUE
Métadiscours - Place du lecteur - Origines

III. REGISTRES PLURIELS
LYRISME
Une énonciation lyrique problématique - Le déploiement lyrique - Lyrisme et polyphonie
PATHETIQUE, TRAGIQUE, EPIQUE
Pathétique - Tragique, épique - Ironie, dérision
ELOGE D’ELSA ET DU BONHEUR

IV. ESTHETIQUE DE la « DE-MESURE »
LE LONG, LE COURT
Hétérogénéité - Seize syllabes - V ers non compté - Deux ou trois « proses » - Formes libérées
LA DE-MESURE
Transgressions - Ponctuation évincée - Décomptes incertains - Rime approximative - Dédoublements et répétitions

DOSSIER
ÉLÉMENTS DE BIOGRAPHIE

CIRCONSTANCES DU ROMAN INACHEVE
Lettre d’Elsa à Lili du 20 décembre 1955 - Lettre d’Elsa à Lili du 20 août 1956 - Lettre d’Elsa à Lili du 25 août 1956

TEXTES PÉRIPHÉRIQUES
Prière d’insérer (quatrième de couverture) - Ebauche - Dédicace

INTERTEXTES
« Le quadrille des homards » - Lettre à Mélinée

RECEPTION
Corinne Grenouillet

ÉTUDES CRITIQUES
1. Ouvrages abordant Le Roman inachevé
Nathalie Piegay - Olivier Barbarant
2. Articles sur Le Roman inachevé
Wolfgang Babilas - Daniel Bougnoux - Geneviève Mouillaud-Fraisse - Suzanne Ravis - Lucien Victor - Yves Stalloni

BIBLIOGRAPHIE

DISCOGRAPHIE





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