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Mouloudja SARRAZIN

lundi 23 avril 2007, par L. V.

Aragon... Notre Aragon... Mon Aragon... Trois expressions mimétiques de mes différentes rencontres avec cet homme. D’abord, un nom abstrait sans contenu, trois syllabes détachées dans les discussions passionnées de mon père, lors des repas de famille, comme un point d’exclamation, entre deux chansons fredonnées par mes sœurs après le dessert festif. Un nom associé à la douceur familiale, l’insouciance enfantine, odeurs de myrtilles ! Je vois mes sœurs se préparer pour la commémoration des déportés aux monuments aux morts de notre ville : les poèmes de notre Aragon, comme un frère absent, sont lus et les mots me frappent au visage, l’émotion ne se perdra plus jamais, tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents communistes ! Aragon est associé dès mon enfance à la chanson, à la musicalité, à l’oralité des poèmes. Jean Ferrat - lui aussi un frère absent de la famille - m’a permis de rentrer en contact direct avec ce cher Louis : poésie fredonnée à demi-mot, comme si une peur m’empêchait de lire, de prendre pleinement conscience du sens de cette écriture...
En entrant en licence de Lettres modernes, je m’aperçois avec stupéfaction qu’un cours sur Aragon, notre Aragon familial, allait avoir lieu, oui, dans une salle de l’université avec un professeur ! Enfin, j’allais pouvoir m’approcher de l’œuvre d’Aragon sans l’accroche familiale... Le Roman inachevé, un coup de poing dans le ventre, une émotion vive et incontrôlable, quelques temps après la disparition de mon grand-père...
Un livre ouvert sur la poésie, la vie. Passion saisissante à la lecture des poèmes par mon professeur, une voix qui sonne encore aujourd’hui. Une rencontre poétique : je mange, je dévore, j’ingurgite la prose de cet homme et je me sens de plus en plus proche de lui. Pourquoi tant de haine pour cet homme ? Je me nourris des paradoxes, des ambiguïtés de cette écriture dans un mouvement perpétuel ! Je veux savoir tout de lui ! Je veux aller jusqu’au vertige, à l’indigestion... J’emprunte l’Oeuvre poétique de mon père, gris perlée et rouge bordeaux, posée comme un trophée sur l’étagère chez mes parents, oui, ils ont la permission de sortir pour la première fois... Je lis, je m’ensevelis dans les méandres de cette œuvre et ... je survis !
Oui, je veux vivre avec lui... rencontre possible dans « le temps absent » poétique ! La recherche est un nouvel élan pour parler avec mon Aragon... Mais quoi ? Tellement de choses dites avec respect sur ... mon Aragon ! Je m’accroche ! Rencontre avec ses articles dans la revue des Lettres françaises ...
Oui, je te cherche, Aragon, dans ses pages poussiéreuses et je te rencontre en compagnie de tous tes amis artistes... Tu m’a donné le goût de l’art, n’est-ce pas monsieur Godard ! Et puis enfin, j’écris, comme un souffle de vie, sur ta vie. Ne me quitte pas dit la chanson, toi, tu t’accroches et tu me rends la vie bien difficile parfois, toi dans l’obscurité et l’intensité de la lumière de ton soleil, de notre soleil ! Merci, mon cher ami !

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