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Recherches Croisées Aragon/Elsa Triolet n°11 (2007)

vendredi 23 mai 2008, par C. G.

Recherches croisées n°11, Actes du Colloque "Aragon politique" de mars 2004, est paru aux Presses universitaires de Strasbourg, 2007

Vous trouverez ci-dessous la table des matières, le résumé de chaque communication. Pour la présentation des auteurs, voir le document joint en pdf.

Pour commander le numéro 11 aux PUS

Pour lire le compte-rendu de Carine Trevisan dans la RHLF n° 1, 2009, voir ci-dessous.

TABLE des MATIÈRES

Recherches croisées Elsa Triolet n° 11 / Aragon, présentation

APPROCHES GÉNÉRALES

Reynald LAHANQUE, Critique de la déraison politique
Edouard BÉGUIN, Aragon Stalinien ou comment lire l’illisible
Maryse VASSEVIÈRE, L’écriture de l’histoire
Marianne DELRANC-GAUDRIC, Elsa Triolet et la vision politique d’Aragon
Valère STARASELSKI, C’est la faute à Diderot

ARAGON DANS LE CHAMP POLITIQUE

Dominique DESANTI, Aragon surréaliste politique
Nathalie RAOUX, Louis Aragon, directeur des Éditions du 10 mai ?
Carole REYNAUD-PALIGOT, Aragon entre surréalisme et politique
Philippe FOREST, Aragon / Tel Quel : un chassé croisé
Sidonie RIVALIN et Luc VIGIER, Aragon et Gide : regards croisés sur 1936
Suzanne RAVIS, « Capitulez, cher camarade ». Lectures de la voix politique d’Aragon en 1963

REPRÉSENTATIONS DU POLITIQUE

Angela KIMYONGÜR, Nouvelle occupation, nouvelle résistance : Aragon et la poésie nationale pendant la guerre froide.
Wolfgang BABILAS, Questions d’une esthétique de parti dans Les Yeux et la mémoire
Corinne GRENOUILLET et Patricia RICHARD-PRINCIPALLI, Déterminations politiques de l’écriture du peuple chez Aragon
Cécile NARJOUX, Énonciation et dénonciation dans Les Communistes d’Aragon ou « l’apocalypse des croyances »
Daniel BOUGNOUX, Staline, Hamlet et Caroline-Mathilde dans la chambre obscure
Jean ALBERTINI, Aragon historien de l’URSS à travers l’Histoire parallèle

*
* *

Introductions ou résumés des articles

Reynald LAHANQUE, Université Nancy II
Début de l’article  : Peu d’écrivains du vingtième siècle se sont impliqués autant qu’Aragon dans le champ politique. Il exerça des responsabilités directes non seulement au Parti Communiste Français, dont il fut membre titulaire du Comité central à partir de 1954, mais déjà au sein du groupe surréaliste dès 1925, puis dans le cadre de nombreux mouvements et initiatives antifascistes pendant les années trente, dans l’organisation de la Résistance, ou plus tard au Mouvement de la Paix. Il intervint de multiples façons dans la politique culturelle, par exemple en tant que secrétaire des Maisons de la culture, membre dirigeant du CNE, mais aussi par ses interventions dans Les Lettres françaises, dont il fut directeur de 1953 à 1972. Journaliste militant à l’Humanité, La Littérature internationale, Commune ou Ce Soir, Aragon devint à la fois un repère et une cible dans le combat politique. […]

Approches générales

Reynald LAHANQUE
« Critique de la déraison politique »
Début de l’article  : Dès qu’il s’agit d’Aragon politique, il n’est pas facile de trouver la bonne distance et le ton juste, pas plus qu’il n’est aisé de se déprendre tout à fait des jugements de valeur. Ce qui semble acquis, c’est que les très nombreuses études produites depuis plus de vingt ans ont permis de compliquer (de dé-simplifier) l’image du militant et de l’écrivain. Faire d’Aragon un inquisiteur stalinien, un cynique apparatchik, un menteur professionnel, une « âme serve  », ce n’est pas davantage tenable que de voir en lui un écrivain qui n’aurait pas survécu à ses éclatants débuts surréalistes, renaissant toutefois des cendres du réalisme à partir du Roman inachevé et de La Semaine sainte, c’est-à-dire au moment de l’ébranlement des certitudes. Il y a sur ce point un large consensus : Aragon écrivain, cela se traduit par un « mouvement perpétuel  », continuité en même temps que renouvellement, complexité jusqu’au vertige, sans oublier une pratique personnelle du réalisme socialiste pour l’essentiel épargnée par les lourdeurs du roman à thèse et de la propagande poétique. […]

Édouard BÉGUIN
« Aragon Stalinien ou comment lire l’illisible »
Début de l’article  : Aragon stalinien  : sous ce titre, je voudrais parler d’une difficulté. De la difficulté qu’on ne peut manquer de rencontrer dès lors qu’on cherche à comprendre l’œuvre d’Aragon dans son ensemble, dans sa dynamique d’ensemble, et qu’on s’efforce, dans une telle recherche, de faire droit à ce que Valère Staraselski a appelé, de façon très juste, « la liaison délibérée », c’est-à-dire cette articulation voulue par l’auteur entre sa création littéraire et son activité politique, articulation où il semble effectivement que se joue sa singularité d’écrivain. Tenir ensemble l’écrivain et le politique est indispensable, si on veut que l’analyse s’affranchisse du schéma dualiste qui règle encore nombre de discours sur Aragon, en enfermant celui-ci dans la logique d’un clivage schizophrénique : d’un côté l’infâme communiste, « carpette et partisan  », de l’autre « le seigneur et maître d’une écriture belle à pleurer 2 ». On connaît la chanson. C’est celle qui fonde la soi-disant « énigme Aragon  ». Je n’y insisterai pas. […]

Maryse VASSEVIÈRE
« L’écriture de l’histoire »
Début de l’article  : Je voudrais commencer cette communication en faisant état des difficultés et des perplexités du chercheur – les miennes – dans un tel colloque face à la pelote de nœuds, ou le double bind, des injonctions, des déterminations et des motivations. “Aragon stalinien”, c’est plus ou moins notre sujet à tous… D’où une démarche intellectuelle où va se mêler de l’affectif. Mais le moyen de faire autrement ? L’historien lui-même peut-il le faire ? Pas vraiment, si l’on en croit Michel de Certeau dans L’Écriture de l’histoire (Gallimard, 1975) dont la référence sera l’explication de mon titre intertextuel. Par son sujet même notre colloque est au croisement des déterminations purement politiques et des déterminations esthétiques et se situe sur une ligne de partage impossible entre l’homme politique et l’écrivain. Notre démarche sera donc difficile, douloureuse peut-être, elle se situera sur une arête acérée entre les deux ordres de déterminations du politique et du littéraire : comme Lancelot, nous serons sur notre pont de l’Épée... de même qu’Aragon écrivant aura toujours été sur cette arête du fait de sa double appartenance au champ politique et au champ littéraire. […]

Marianne DELRANC-GAUDRIC
« Elsa Triolet et la vision politique d’Aragon »
Début de l’article  : Les critiques ou biographes ont souvent évoqué une influence d’Elsa Triolet sur Aragon dans le domaine politique ; le terme d’« influence » ne semble pourtant pas approprié : il s’agit plutôt d’une ressemblance de conception. Le sujet étant très vaste, nous centrons notre étude d’une part sur la période de l’avant-guerre (des débuts de la relation entre les deux écrivains aux années trente), d’autre part sur le texte d’Aragon préfaçant le volume Elsa Triolet choisie par Aragon, paru en 1960 : la notion de « politique » y revient fréquemment, concernant Elsa Triolet et son oeuvre, suggérant une certaine conception générale commune aux deux auteurs. Peut-on parler d’une « influence politique » d’Elsa Triolet sur Aragon dans les années trente ?
Pour comprendre les idées d’Elsa Triolet, il faut tout d’abord savoir qu’elle vient d’une famille juive russe, qui, par dérogation aux lois concernant les « zones de résidence » attribuées aux Juifs avant 1917 (zones situées aux frontières ouest de la Russie), demeurait tout de même à Moscou. […]

Valère STARASELSKI
« C’est la faute à Diderot »
Début de l’article  : Comme tout écrivain véritable, Aragon est d’abord un immense lecteur. « Je n’aurais pas tant écrit si je n’avais pas tant lu  », dit à peu près l’auteur des Communistes. En cela, il répond classiquement au concept premier de littérature tel qu’il apparaît au XVIIe siècle dans le Dictionnaire Universel d’Antoine Furetière à savoir qu’elle est d’abord « connaissance profonde des Lettres  ». On le sait, la lecture, surtout chez Aragon, se révèle être autre chose que de la réception. Comme l’a montré Édouard Béguin dans « La notion de réécriture chez Aragon : I. La filière Isidore Ducasse », la lecture est réécriture. Béguin notait : « La réécriture au bien […] serait le régime d’une écriture d’invention, susceptible de faire de la lecture une invention qui continue et parachève celle de l’auteur, de façon à ce que la création, au lieu de s’enfermer dans l’autarcie avant-gardiste, ait une action transformatrice dans la réalité ».
Dans Introduction aux littératures soviétiques, en 1956, Aragon revient sur le sujet en opposant « ceux qui croient à la spontanéité, qui croient qu’il suffit d’écrire un livre et que le point final mis par l’auteur à son manuscrit, le finit véritablement  » et ceux qui, comme lui, estiment à l’inverse « qu’un livre achevé par son auteur a encore à être réécrit par la Société et les lecteurs, je veux dire qu’il ne prend qu’alors sa figure, et souvent (voyez Stendhal) fort longtemps après ce fameux point final… » […]

Aragon dans le champ politique

Dominique DESANTI
« Aragon surréaliste politique »
Début de l’article  : En 1966 Aragon a 69 ans. Il écrit, à propos du roman : « je crois que , et nulle part ailleurs, on peut toucher à ce qui est proprement l’homme. À la formation de la conscience dans l’homme. […] Dans ses rapports avec les autres que, pour simplifier, on appelle la politique ». Ce texte, quelques-uns savent qu’il représente aussi une nouvelle fois une transgression des lois qui furent les siennes : chez les surréalistes, André Breton avait jeté l’interdit sur le “roman”, genre bourgeois. Et Aragon avait aussitôt transgressé l’interdit en intitulant un récit surréaliste : Anicet ou le panorama, roman. Le mot “roman” était devenu pour lui une marque secrète de liberté. Par la suite, il publie beaucoup de romans : le cycle du Monde réel qui se termine par la série – interrompue – des Communistes et, au-delà, La Semaine sainte, La Mise à mort, Blanche ou l’Oubli, puis Théâtre/Roman.[…]

Nathalie RAOUX
« Louis Aragon, directeur des Editions du 10 mai ? »
Début de l’article  : C’est d’une maison d’édition bien énigmatique qu’il sera ici question. D’une maison d’édition au nom fluctuant et qui, loin de s’afficher dans les quartiers littéraires “à la page” s’était nichée dans une modeste boîte postale – la boîte postale n° 9, à Sèvres, pour être tout à fait précis. D’une maison d’édition qui, n’ayant guère pignon sur rue, ne marqua pas davantage l’histoire de l’édition. Cela n’a rien d’étonnant : le catalogue des Éditions du 10 Mai tient tout entier en deux titres – deux ouvrages d’écrivains allemands exilés en France, parus en 1939, et en langue allemande : Begegnung am Ebro de Willi Bredel et Mut d’Heinrich Mann.
Obscure maison d’édition donc ; et pourtant combien, parmi ses consœurs, pourraient se vanter d’avoir pour directeur un écrivain aussi en vue ? Car, le registre du commerce en fait foi : le directeur en titre des Éditions du 10 Mai n’était autre que Louis Aragon. Louis Aragon, directeur des Éditions du 10 Mai ? Il y a là, pour le moins, matière à réflexion. Quelque chose comme un nouveau monstrueux tissu sinon d’équivoques ou tout au moins d’énigmes, que je tenterai de démêler en m’arrêtant successivement sur le rôle d’Aragon dans la création, la gestion et enfin la disparition (survenue en mars 1939) des Éditions du 10 mai.[…]

Carole REYNAUD-PALIGOT
« Aragon entre surréalisme et politique »
Début de l’article  : Comme Aragon nous y invite, suivons la chronologie de son engagement du surréalisme au communisme. Correspondances et archives nous permettent aujourd’hui de cerner les différentes figures aragoniennes : l’esthète anarchisant, le révolutionnaire surréaliste, puis le militant communiste, romancier du monde réel. A l’aide d’une chronologie très précise, nous tenterons de comprendre les deux grands virages, celui de l’automne 1925 qui voit Aragon adhérer au communisme, celui de mars 1932 qui marque la rupture avec le surréalisme.
De l’esthète anarchisant au révolutionnaire surréaliste
Jusqu’à son retour de Karkhov à l’automne 1930, les positions politiques d’Aragon sont en phase avec celles de ses amis surréalistes. Comme pour ses amis, la révolte d’Aragon a tout d’abord pris la forme de l’anarchie. Plusieurs études 7 ont montré que la séduction libertaire a été réelle. Réelle quoiqu’un peu plus tardive que celle de ses compagnons surréalistes : tandis que la révolte anarchisante opère déjà avant guerre, c’est-à-dire dès l’adolescence, pour Breton, Desnos et Péret, nulle trace chez Aragon avant les années vingt. Médecin auxiliaire des armées avec le rang d’adjudant-chef, il rapporte une croix de guerre du front et reprend ses études de médecin à la fin du conflit. « En lui, témoigne André Breton, à ce moment peu de révolte 8 ». L’attraction libertaire, qui se manifeste au début des années 1920, ne fait pas d’Aragon un militant anarchiste. […]

Philippe FOREST
« Aragon /
Tel Quel  : un chassé croisé »
Début de l’article  : Quel que soit le travail critique d’ores et déjà accompli, l’importance des investigations actuellement en cours, et bien que commence depuis quelques années à céder un certain verrou interdisant l’accès conduisant jusqu’à lui, le dernier Aragon reste encore pour l’essentiel à penser. Il y va d’une évaluation juste – intègre et entière – d’une des oeuvres romanesques et poétiques capitales du siècle dernier mais aussi d’une compréhension exacte du jeu qui s’est joué au cours des années 60 et 70 dans l’histoire de la culture française, jeu dont dépend directement notre présent mais qui pourtant attend encore d’être vraiment étudié, décrit, raconté ou bien et jusqu’à présent ne l’a été que par fragments, par bribes. L’enjeu est bien entendu d’abord esthétique. Il concerne la grande aventure révolue des avant-gardes et la façon dont les vagues successives qui ont fait cette aventure se sont poussées en avant les unes les autres, chevauchées, recouvertes. De l’avant-garde des années 20 à celle des années 60, du temps du surréalisme au temps du structuralisme, quelque chose a lieu deux fois dans l’histoire de la pensée, à quoi Aragon n’a à chaque fois jamais été étranger et qui détermine encore aujourd’hui la possibilité d’une littérature ne renonçant pas au principe de mise en question critique qui définit l’esprit même de la modernité.[…]

Sidonie RIVALIN et Luc VIGIER
« Aragon et Gide : regards croisés sur 1936 »
Début de l’article  : C’est quelques années après avoir dénoncé les abus du système colonial en Afrique équatoriale française que Gide adhère au communisme. Si, dans Le Voyage au Congo (1927), il ne remet pas clairement en cause la colonisation, son réquisitoire contre les exactions des grandes compagnies concessionnaires annonce sa révolte contre le capitalisme. De juin à octobre 1932, Gide publie dans la Nouvelle Revue Française ses « Pages de Journal » (1929-1932), dans lesquelles il exprime sa sympathie pour l’URSS  : « […] j’aimerais, écrit-il le 13 mai 1931, vivre assez pour voir le plan de la Russie réussir, et les Etats d’Europe contraints de s’incliner devant ce qu’ils s’obstinaient à méconnaître. […] Jamais je ne me suis penché sur l’avenir avec une curiosité plus passionnée. Tout mon cœur applaudit à cette gigantesque et pourtant toute humaine entreprise  ». Tenant la religion et la famille pour « les deux pires ennemis du progrès  », il se dit impatient de « voir ce que peut donner un Etat sans religion, une société sans famille  ». Le 23 avril 1932, il note ceci : « Dans l’abominable détresse du monde actuel, le plan de la nouvelle Russie me paraît aujourd’hui le salut. […] Et, s’il fallait ma vie pour assurer le succès de l’URSS , je la donnerais aussitôt… ».[…]

Suzanne RAVIS
« “
Capitulez, cher camarade
Lectures de la voix politique d’Aragon en 1963 »
Début de l’article  : Pour essayer de préciser les contours d’Aragon homme politique, je propose d’explorer un texte qui est en prise directe sur la politique, comme l’attestent à la fois le cadre institutionnel dans lequel ce discours s’inscrit, et son contenu explicite ou allusif : l’intervention d’Aragon au Comité central du PCF, lors d’une séance consacrée le 10 mai 1963 aux positions de l’Union des Étudiants Communistes (UEC), dont le secrétaire général est à cette date Alain Forner . On retracera le plus brièvement possible le contexte de cette intervention ; la situer, en élucider les passages allusifs, est une démarche nécessaire mais non suffisante, au-delà de laquelle je voudrais m’interroger sur la “voix” que nous avons l’illusion de capter presque “en direct” à l’audition de l’enregistrement ou à la lecture . Le ton en est ferme, mais dénué de la raideur qui affectait le « discours d’Ivry » prononcé devant le congrès du PCF en 1954. Il se nuance parfois d’humour, tout en adoptant dans certains passages un tour très pédagogique. Qui parle ici, un Aragon “politique” dans son rôle de membre du Comité central, différent de l’écrivain qui dans le même temps, comme nous le montre la correspondance d’Elsa Triolet avec sa sœur, est plongé dans la rédaction passionnée du Fou d’Elsa  ? Faudrait-il se contenter du recours faussement explicatif à la dualité ou à la multiplicité des figures aragoniennes ? […]

Représentation du politique

Angela KIMYONGÜR
« Nouvelle occupation, nouvelle résistance : Aragon et la poésie nationale pendant la guerre froide ».

Résumé de l’article : En dépit de la réputation d’Aragon à la Libération comme « poète national », les années qui suivirent la guerre n’étaient pas faciles pour lui. En fait, l’écrivain et Elsa Triolet subirent une certaine marginalisation au sein de la communauté intellectuelle communiste. Cet article aura pour but d’analyser la campagne lancée par Aragon pendant ce difficile après-guerre pour une ‘poésie nationale’. Il s’agissait d’une campagne qui cherchait à ressusciter les formes poétiques traditionnelles et qui promouvait un discours national en faisant appel à l’esprit de la Résistance dans le cadre politique d’une nouvelle occupation de la France, celle des forces américaines. C’était donc une campagne qui remettait Aragon au centre de la vie politique et intellectuelle de Parti dans les premières années de la Guerre Froide.

Wolfgang BABILAS
« Questions d’une esthétique de parti dans
Les Yeux et la mémoire  »
Début de l’article  : La communication que voici se compose de deux parties. La première traite du rôle important qu’Aragon attribua, dans Les Yeux et la mémoire, et pas seulement dans ce poème, à la peinture de paysage – peinture picturale et peinture littéraire – pour la libération du créateur communiste du carcan d’une esthétique marxiste étriquée, rétrécie et dogmatique. Dans la deuxième partie de ma communication, je me propose de présenter et d’analyser brièvement les idées d’Aragon, exprimées dans le même poème, concernant la question de savoir quel devrait être, pour le poète communiste, le langage adéquat pour parler politique en poésie.

Les Yeux et la mémoire
« [...] mes livres sont des livres du Parti, écrits pour lui, avec lui, dans son combat 15 ». C’est par ces paroles qu’Aragon définissait sa création littéraire au début de juin 1954, lorsqu’il exposait ses idées sur « L’art de parti en France » au treizième Congrès du Parti Communiste Français. Un de ses livres, et je dirais même, le seul livre poétique qui soit partiellement conforme à cette affirmation est le poème Les Yeux et la mémoire.[…]

Corinne GRENOUILLET et Patricia RICHARD-PRINCIPALLI
« Déterminations politiques de l’écriture du peuple chez Aragon »
Résumé de l’article  : Dans l’œuvre romanesque d’Aragon, le peuple, en tant que classe et /ou nation, n’apparaît que dans Le Monde réel, pour disparaître dans les derniers romans : sa représentation reflète l’évolution politique de l’auteur, évidemment liée à celle de l’histoire de la France et du PCF. C’est ainsi que les années thoréziennes, le Front populaire et la seconde guerre en constituent les points d’appui essentiels, correspondant à une conception fusionnelle où peuple-nation et peuple-classe coïncident.
Le roman met alors en place une représentation littéraire du peuple, qui se caractérise par une filiation fortement marquée avec la tradition naturaliste, une conception dix-neuvièmiste de l’homme au travail, en dépit des bouleversements industriels contemporains, et une esthétique réaliste-socialiste illustrée par des personnages de type héros positif. L’intertextualité, qui fait du personnage populaire une victime, et l’idéologie, qui, à l’autre extrémité de sa représentation, en fait un héros empli de certitudes politiques, ne contribuent donc pas à un réel renouvellement du personnage populaire, d’ailleurs loin de constituer l’essentiel de l’écriture aragonienne. Cette vision politique du peuple arrive à son apogée dans Les Communistes, après un coup d’arrêt pourtant initié dès Les Voyageurs de l’impériale.
La Semaine sainte marque le début de la rupture, en questionnant la définition et la fonction du peuple et non plus en le présentant comme le détenteur du sens de l’histoire. La poétique romanesque change désormais progressivement d’esthétique pour s’intéresser à des problématiques plus personnelles, dont l’objet n’est plus l’interprétation assurée du monde

Cécile NARJOUX
« Énonciation et dénonciation dans
Les Communistes d’Aragon ou “ l’apocalypse des croyances ” »
Début de l’article  : S’il est un titre explicitement politique parmi les romans d’Aragon, c’est bien celui des Communistes  ; nous avons donc ici a priori un roman explicitement engagé, prenant explicitement fait et cause pour un groupe et ses idées et par conséquent supposé dénoncer ce qui s’en éloigne. De fait, bon nombre des lecteurs de l’époque ont pu lire cet ouvrage sous cet angle. Aragon souligne dans sa postface la réaction de « certains de [s]es amis politiques  » et celle de ces « gens de cœur, de bonne foi  » qui vinrent le féliciter pour la « vérité des faits  » relatés (II, p. 593).
Or, la voix de son auteur, comme sujet de l’énonciation – disant donc “je” et s’exprimant au présent – s’y fait relativement peu entendre : on trouve deux interventions de l’auteur, au final de l’œuvre, et uniquement dans la version de 1966. Il y a donc un parti pris paradoxal dans ce roman de masquer le sujet de l’énonciation et par conséquent son destinataire, et avec lui les intentions chez le premier d’influencer ce dernier.[…]

Daniel BOUGNOUX
« Staline, Hamlet et Caroline-Mathilde dans la chambre obscure »
Début de l’article  : Il est peu de textes plus denses, plus dramatiquement réflexifs dans toute l’œuvre d’Aragon que le premier des trois « contes de la chemise rouge » inséré au cœur de La Mise à mort, « Murmure » . Ce mélange d’autocritique, de métalangage, de déconstruction et d’aveux fut sans doute un récit de prédilection pour son auteur même puisqu’il lui donna une édition séparée dans le monumental tirage du volume intitulé Picasso-Shakespeare, publié en 1964 au Cercle d’art dans une typographie capitale (par ses dimensions et son poids, ce volume est certainement le plus encombrant d’une bibliothèque aragonienne).
L’égarement semble maximum, dès les premières lignes : « Où et quand ? […] reconstruire encore une fois ce monde qui m’a échappé  ». Le vertige de cet incipit annonce celui des faisans rencontrés dans le conte suivant, « Carnaval ». Au cœur de La Mise à mort, ce « roman du réalisme  » mais aussi de la désorientation et du vertige, voici un moment de panne ou de drame touchant au principe de réalité, dont le congé donne entrée aux spectres. C’est bien le cas de dire, comme on lira plus tard dans Blanche ou l’oubli puis Théâtre/Roman, que « celui qui écrit est nu  », saisi entre son lit, la baignoire et l’arrivée du tailleur pour l’essayage. Mais le dispositif optique de cette chambre obscure permet peut-être, en renversant le mouvement de la narration, de saisir sur le vif certains mécanismes de la vision à la naissance de l’écriture.[…]

Jean ALBERTINI
« Aragon historien de l’URSS à travers l’
Histoire parallèle  »
Début de l’article  : Pourquoi ce sujet ? Essentiellement, pour trois raisons : d’abord, parce qu’il me paraît concerner un des points nodaux de la problématique de cette réunion ; ensuite, parce que le livre dont il va être question n’a jamais fait, à ma connaissance, au-delà des articles écrits dans la presse et les revues à sa publication, l’objet de la moindre étude de type universitaire ou autre. Je n’ai pas eu la possibilité de recueillir tous les articles parus dans la période de publication de l’ouvrage. J’ai jugé, dans les limites qui m’étaient imparties, plus utile de relever et lire les recensions du livre dans la presse quotidienne et périodique communiste et progressiste française, pour pouvoir juger de son accueil dans ce secteur, celui des amis politiques de l’auteur. Tous les articles sont élogieux. En voici les références et les auteurs : dans L’Humanité, article de Léo Figuères, le 20 décembre 1962 (p. 2) ; article d’André Stil (rubrique « Les Livres et la vie », p. 2), le 10 janvier 1963 ; page de publicité pour Les Deux géants (édition de semi-luxe par courtage), le 26 février 1963, avec extraits d’un article de Charles Haroche dans l’hebdomadaire France Nouvelle (que je n’ai pu retrouver jusqu’ici), et l’indication que les souscripteurs se comptent déjà, à ce moment, par milliers.[…]

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