Site de l’ERITA

Recherches Croisées n°3 (1991)

mardi 21 mars 2006, par C. G.

Résumés des articles par ordre de la table des matières

Léon ROBEL, " Aragon et Pouchkine : de la genèse du Roman inachevé "
Une épigraphe en russe, dans un passage du Roman inachevé, conduit à s’interroger sur la genèse conjointe de ce grand poème et de Littératures soviétiques, dans la lumière, entre autres, de Pouchkine. Le dialogue qu’Aragon développe avec l’œuvre de Pouchkine, depuis Les Yeux et la mémoire jusqu’à La Mise à mort, semble culminer dans Le Roman inachevé, nourri en particulier de la lecture d’Eugène Onéguine (lui-même roman en vers, et inachevé). Le grand vers de seize syllabes qu’expérimente Aragon procède à la fois du tétramètre ïambique d’Onéguine et du chaïri géorgien : Le Roman inachevé est le livre des transferts de formes. Expérimentation inséparable d’une réflexion sur l’Histoire : dans ces années 1953-56, la langue russe est pour Aragon celle des illusions brisées, du tragique de notre temps.

Marianne DELRANC-GAUDRIC, " La genèse de Camouflage "
Cette étude génétique retrace l’histoire mouvementée de Camouflage (1925-1928) et met en évidence sa base autobiographique. Les deux personnages féminins du roman, dédoublement d’une seule entité, forment un système quasi-tolstoïen. Le récit, inventé après-coup, naît de l’éclatement de quelques phrases initiales. L’avant-texte manuscrit n’est pas séparé de ceux de Fraise-des-Bois et de Bonsoir, Thérèse. Il contient des réflexions générales (notamment sur les femmes), des remarques sur l’écriture, sur les personnages, des plans... La présence du français, dans le corpus russe, est plus intériorisée que dans Fraise-des-Bois, au point que le tapuscrit de Camouflage a pu être considéré par le correcteur comme écrit dans un russe défectueux. Roman conflictuel, Camouflage est " un livre singulier, très en avance sur son temps " (Aragon).

Ivana SANTONOCITO, " Nora ou la frise et la mousse. Éléments pour une étude génétique informatisée "
Les traitements informatiques opérés sur un avant-texte de L’Inspecteur des ruines d’Elsa Triolet et sur sa postérité, permettent ici de saisir l’évolution d’une écriture à travers les différentes versions du roman et les différents états manuscrits. Comment l’écrivain façonne-t-il son texte selon l’identité qu’il s’attribue : auteur pseudonyme ou pas ; selon le narrateur qu’il choisit : femme ou homme. Quelles sont les modifications, jusqu’aux plus infimes, subies par le texte tout au long de son cheminement.

Jean-Claude WEILL, " Avez-vous lu Les Communistes ? "
Un malentendu a égaré les premiers lecteurs des Communistes, et s’est prolongé jusqu’à nos jours : Aragon y aurait fait, a-t-on cru, l’apologie de " l’Homme communiste ", et voulu " dire du bien " d’une certaine politique. Pourtant, " ce n’était pas là mon sujet ", a-t-il toujours affirmé. Le titre de l’ouvrage a favorisé cette incompréhension ; nombreux sans doute sont ceux qui ont cédé au préjugé de " la politique, coup de pistolet dans un concert ", et se sont détournés du livre. S’ils l’avaient ouvert, ils y auraient découvert un grand roman du couple, au cœur d’une peinture du " Monde réel " des années 1939-40, où le romancier joue sur tous les registres, du bouffon au tragique, du lyrisme à l’émotion ; un texte inscrit dans l’œuvre aragonienne par des échos inattendus, comme en témoigne l’exemple du Libertinage.

Corinne GRENOUILLET, " Les ambiguïtés d’une réception : Aragon et ses lecteurs militants (17 juin 1949) "
La rencontre entre Aragon et ses lecteurs à la Grange-aux-Belles le 17 juin 1949, évoquée dans la Postface au " Monde réel ", ne peut se comprendre en dehors de la politique culturelle du Parti Communiste Français des années 50. De nombreux témoignages parus dans la presse militante de l’époque nous permettent de saisir les enjeux de cette soirée et de reconstituer les interventions des militants. Ces lecteurs se sont totalement identifiés aux personnages des Communistes. S’ils ont applaudi aux qualités documentaires du texte d’Aragon, ils n’en ont pas reconnu les qualités proprement littéraires et imaginaires, comme si la proximité des événements historiques racontés dans le roman eût oblitéré la saisie de sa dimension esthétique.
Aragon s’est prononcé à plusieurs reprises sur cette soirée et ce roman : son discours du 17 juin 1949, véritable auto-critique, est à mettre en relation avec la définition de la place et du rôle des intellectuels communistes établie à cette époque par le PCF. Mais en avril 1950, Aragon va mettre l’accent sur la réalité du métier d’écrivain et déplorer l’absence de jugement personnel porté sur son œuvre par les militants.
Certes, la déception éprouvée par Aragon au terme de cette rencontre avec son public ravive la blessure ancienne de la mauvaise réception d’Aurélien ; mais n’est-elle pas liée surtout à la mise en scène, par le PCF, du triomphe d’une œuvre, dont on peut se demander si elle a été effectivement lue par les militants ?

Andrew Macanulty " Le Crève-cœur : poésie pour tous ? "
Aragon ne voulait pas voir se répéter " la trahison des clercs " de la première guerre mondiale. Devant un conflit semblable, il désirait parler au plus grand nombre de ses concitoyens en utilisant la poésie pour protester contre la guerre. Mais en octobre 1939, il ne pouvait se permettre de communiquer à tous son point de vue, qui était celui du PCF interdit. Il fut contraint à employer une " contrebande " parfois difficile à pénétrer et adressée surtout à ses camarades persécutés. Mais c’est par le thème de l’amour qu’Aragon réussit à atteindre une audience plus étendue : " Il n’y a pas d’amour heureux " dans le malheur commun. Dans la première partie du recueil, c’est la guerre qui cause ce malheur ; dans la deuxième partie, c’est la défaite, l’occupation nazie, la trahison de Vichy. Il faut combattre ces malheurs pour créer les conditions de l’amour heureux à la portée de tous.

Jacqueline DANG TRAN, " La Semaine sainte ou la passion selon Aragon "
Dans La Semaine sainte, la passion est le moteur du récit. En suivant le roi dans sa fuite, Théodore partage une passion qui n’est plus la sienne, passion déçue puisque les royalistes assistent à la faillite de leur idéal. Mais au récit de la débâcle se superpose un récit mythique, où il meurt sans cesse pour renaître converti à de nouvelles valeurs, et donc à une passion nouvelle.
La Semaine sainte comporte une théorie implicite de la passion, en relation étroite avec une théorie de la personnalité et une théorie de l’Histoire. La passion est constitutive du sujet, mais ne peut se développer que selon des rituels sociaux. Les métamorphoses de Théodore montrent combien l’intériorisation de la relation à l’autre est formatrice de la personnalité. Le roman historicise la passion ; la biographie du héros est l’allégorie de l’Histoire.
La passion est inséparable de la croyance. Or le mouvement de l’analyse conduit à remettre sans cesse en question les oppositions sémantiques qui structuraient jusque-là le récit et donc les valeurs qui les fondaient ; ceci jusqu’à l’impasse de " La nuit des arbrisseaux ". La seule passion de Théodore et de son créateur semble être celle de l’Histoire, celle du sens, même si ou parce que ce sens est indéterminé, et l’Histoire à venir une grande inconnue.
Le roman peut se lire comme un monologue à plusieurs voix, aux accents parfois désespérés : dans les dépressions du texte, quand la passion retombe ; dans les espaces du sommeil et du rêve, toujours hantés par la mort. La Semaine sainte est une profession de foi en l’avenir d’autant plus ardente qu’il n’y a peut-être pas d’avenir. C’est un pari contre le doute et le désespoir.

Carine TRÉVISAN, " Aspects de l’intertextualité dans Aurélien "
La citation aragonienne, assimilée à la pratique du collage, est théâtralisation de la parole en même temps qu’exploration de l’intertextualité. Cet article étudie les stratégies du montage, dans Aurélien, de deux éléments hétérogènes, le vers de Bérénice à l’incipit et le poème de Rimbaud dit par Rose Melrose au chapitre VI.
Aube, outrageusement mis en scène dans le décor kitsch de Mary de Perseval, est ainsi neutralisé, confisqué par le conformisme le plus creux ; il est aussi contaminé par la dangereuse promiscuité d’une double référence à d’Annunzio, poète officiel du fascisme ; il est enfin amputé de son centre - la rencontre amoureuse, la ville féerique - que remplace en contrepoint négatif Césarée, ville de la désertion du désir.
Quant à Racine, n’est-il pas - parmi d’autres significations - un emblème d’académisme, un indice de l’attachement d’Aurélien aux valeurs conservatrices ? Mais le vers à mi-voix de Bérénice, "phrases" surréalistes. Et, surgi de la bouche d’ombre informé par la prose d’Aragon, rejoint la richesse des des tranchées, il figure métaphoriquement l’inscription des textes dans l’Histoire.

Lionel FOLLET, Éléments nouveaux sur La Défense de l’infini "
Ce roman démesuré - quinze cents pages ? - qu’Aragon aurait presque entièrement détruit en 1927 pose des problèmes passionnants, que ses témoignages tardifs n’éclairent pas toujours. La découverte de soixante-dix feuillets autographes inédits conduit à s’interroger sur les circonstances et les raisons de cette destruction. Au-delà, c’est l’occasion de reprendre l’examen du dossier dans son ensemble. On tente de préciser la chronologie, encore très floue, des années 1923-1927, le contexte biographique de l’écriture et les "pilotis" réels qu’elle dissimule. On s’interroge sur le projet scriptural de ce texte multiforme, tel qu’Aragon l’a décrit et tel qu’il apparaît dans les pages subsistantes : pour constater que la crise très profonde qui conduisit à l’autodafé de Madrid, avant le suicide manqué de Venise, impliquait inséparablement l’esthétique et l’éthique, l’écriture et l’être-au-monde. - Enfin ce dossier donne à lire quatre des dix-neuf fragments inédits retrouvés.

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