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Alain Trouvé, courte présentation de Roses à crédit d’Elsa Triolet

mercredi 11 mai 2011, par C. G.

Roses à Crédit, présentation par Alain Trouvé.

Le roman avec son fonds documentaire le dispute ici à la fable, teintée d’un merveilleux noir, issu du conte traditionnel. Le souci réaliste enracine la satire dans l’époque des années soixante - plastique, nylon, formica. La fable radicalise le destin de Martine, victime du miroir aux alouettes ; le roman demeure néanmoins actuel par son thème central : le surendettement des ménages sous l’effet des promesses fallacieuses d’une société vouée à la consommation, autrement dit le mécanisme d’aliénation qui rend le sujet dépendant des objets. Sur un autre plan, Roses à crédit est une variation moderne sur le thème de l’amour passion, une tragédie dans sa brutalité, sa cruauté saisissante, ponctuée d’images inoubliables - les rats, par exemple, qui tissent un lien étrange entre l’héroïne et sa mère. Le roman s’ouvre à la veine persane, peut-être sous l’influence d’Aragon, du poème Elsa, publié dans la même année 1959. Il aborde la question centrale de la trilogie dont il constitue l’ouverture : celle de l’art et de ce qui transcende l’être humain, comme l’absolu d’un amour. C’est pourquoi Martine, la petite manucure éblouie par la propreté et le confort mais fermée en apparence aux productions culturelles, peut néanmoins rejoindre dans la crise de détresse hystérique marquant la rupture de son couple la plus haute figure de l’art classique, cette Victoire de Samothrace qui reviendra sous la plume d’Aragon. Roses à crédit, comme l’ensemble de la trilogie L’Âge de nylon, s’offre à différents degrés de lecture. Loin du roman pour midinette que certains ont cru lire et dont il n’est que la parodie, le livre met en correspondance et en tension deux approches de l’humain : l’analyse critique des mécanismes sociaux en régime capitaliste et l’exploration des pulsions primaires qui s’y perpétuent. Si l’on peut retrouver au fil de la satire quelques traits relevant de l’esthétique réaliste socialiste, l’auteur invente une forme originale de roman critique installant déjà, au cœur des images, sa propre contestation.

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