Érita : Équipe de Recherche Interdisciplinaire Triolet / Aragon
Accueil du site > 9. Notes de lecture > Reynald Lahanque, « Un portrait d’Aragon par Jean-René Huguenin (...)

Reynald Lahanque, « Un portrait d’Aragon par Jean-René Huguenin (1960) », 2012

mardi 2 octobre 2012, par R. L.

A découvrir : un beau portrait d’Aragon dans Une autre jeunesse, de Jean-René Huguenin (Points/Seuil, septembre 2012 ; réédition d’un recueil d’articles publié au Seuil en 1965). Ce portrait est paru d’abord dans la revue Arts (12 octobre 1960) ; il est composé d’échos de la conversation tenue d’abord dans un restaurant, puis dans l’appartement de la rue de Varennes, et le lendemain au Moulin. Il n’apporte pas de révélations, mais il vaut par le regard très sensible d’un jeune homme de 24 ans, écrivain très prometteur dont le roman La Côte sauvage (Seuil, 1960) fut salué par la critique (et par Julien Gracq).

Quelques extraits : « […] je reconnais le bleu roux et glacé de ses yeux, sa distraite élégance, et sous le teint mat de son visage, une pâleur qui trahit quelque inquiétude secrète, l’attention à quelque douleur ». « Ce n’est pas l’amour qu’Aragon chante, c’est ce qui précède l’amour, c’est cette soif qui nous avertit tout à coup de l’imminence de sa venue, c’est l’amour de l’amour. » « Mais mon enfant, dit Aragon en souriant, l’amour en est encore au stade de l’alchimie ». « D’où vient de ce visage, la tension mystérieuse, le pesant et profond souci ? Il ressemble à celui des hommes qui vivent dans la familiarité de la souffrance […] » (Huguenin prenant congé, la nuit venue, Aragon le regardant partir, debout dans le jardin) : « Absolument immobile, immobile et seul, « les bras baissés, les mains vides », il semblait regarder quelque chose d’invisible. Peut-être était-ce l’horizon de cet avenir qu’il aurait voulu sans horizon, sans fin, qu’il a tant aimé, et qu’aujourd’hui il veut regarder encore, même s’il se confond avec la mort ? »

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0