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Atelier Théâtre / Roman, 26 mai 2012, 5 articles téléchargeables en ligne

dimanche 28 octobre 2012, par C. G.

Atelier sur Théâtre/Roman

organisé par Marie-Christine Mourier et Roselyne Waller

En préparation au colloque des 24 et 25 mai 2013
au Moulin de Saint-Arnoult-en-Yvelines

Aragon est mort il y a trente ans. Il semble naturel, pour commémorer cette date, de continuer à le lire, à le prendre aux mots, à se prendre à ses mots, de se confronter aux textes, à tous les textes, et plus particulièrement au dernier, Théâtre/Roman. Roman testament, roman somme, roman de la mort qui approche et impose une lucidité sans faille, Théâtre/Roman résiste dans sa modernité aux lectures rapides, au prêt-à-porter de l’interprétation. En retour ce dernier roman éclaire toute l’œuvre d’Aragon.
ERITA, en collaboration avec le groupe ITEM-Aragon, a donc décidé d’organiser un colloque sur cette œuvre majeure les 24 et 25 mai 2013 en le faisant précéder d’un atelier ayant comme objectif des lectures à fleur de texte. Cet atelier s’est tenu dans les locaux de Normale Supérieure rue d’Ulm le 26 mai 2012. Ce sont les lectures particulières qui ont été données ce jour-là que nous présentons ici.

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Reynald Lahanque

« À quoi bon des yeux, pour ne pas voir ! » : un commentaire du chapitre « Les Yeux » de Théâtre/Roman

Le chapitre est commandé par l’image initiale des yeux arrachés, empruntée à la scène d’énucléation du Roi Lear. Cette image enclenche une sinueuse méditation sur le double thème de l’aveuglement et de la culpabilité. Le narrateur, alors plongé dans la tourmente des événements de mai 68, est tiraillé entre sa compassion pour les jeunes gens victimes de la répression et la douleur de se voir par eux cruellement rejeté. À travers lui et son alter ego plus âgé, l’Homme de l’escalier, Aragon construit la dramaturgie d’un aveu presque indicible. Le texte ne peut que procéder par détours et délais, avancées et atermoiements, quand il s’agit de reconnaître que l’on s’est rendu coupable d’aveuglement, et pire, qu’au nom de l’idéal qu’on a embrassé (l’émancipation et le bonheur de tous), on a soi-même « crevé bien des yeux » et contribué par là à « un naufrage sans nom ». Et quand le plus insoutenable de l’aveu est porté au langage, il incombe au lecteur de faire parler les silences de l’auteur, tant celui-ci protège ses secrets dans le moment même qu’il les exhibe.

Pour télécharger l’article de R. Lahanque :

PDF - 857.2 ko

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Marie-Christine Mourier

« Avez-vous déjà vu pleurer un lévrier ?
S’inventer en se rejetant.

Au cœur de Théâtre/Roman Aragon installe une étrange comédie, celle d’un acteur raté, lévrier filou. Selon cette lecture, dans cette « comédie », Aragon construit, en miroir de lui, une parodie de lui-même. Il s’invente en se rejetant.

Pour télécharger l’article de M.-C. Mourier :

PDF - 919.6 ko

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Alain Trouvé

Le roman comme théâtre et le travail du négatif

Le dernier grand roman d’Aragon orchestre magistralement l’implosion des catégories littéraires et psychiques sur lesquelles repose ordinairement la construction identitaire. Infiltrée par le théâtre, l’écriture romanesque semble se désintégrer, brouillant les frontières séparant les figures de l’Acteur, de l’Auteur, du Metteur en scène, voire du Lecteur. Dans la seconde partie qui représente le dernier quart du récit, l’Acteur Romain Raphaël cède la place à l’Écrivain pour une ressaisie savamment préparée. La structure psychotique d’une identité morcelée, redoublée par une mise en échec du langage dans son pouvoir à dire le monde de façon cohérente, prend une valeur universelle grâce au tressage de l’histoire personnelle de l’écrivain Aragon, en proie à un deuil affectif et idéologique impossible, avec quelques grands intertextes (Shakespeare, Racine, ou, plus innovant, le baroque Montchrestien). Les ressorts complexes de la psychose, mal contemporain par excellence, sont appréhendés sur le mode d’un travail du négatif, dans lequel le langage, privé de l’aptitude à dire son objet, le cerne poétiquement, donnant à éprouver son double enracinement psychoaffectif et social. Loin de seulement s’autodétruire, les catégories du roman et du théâtre sont hissées au rang de méta-catégories disant l’aventure et le théâtre de l’écriture. Elles le font sous l’égide de la catégorie poétique, grâce aux ressorts de l’image (« le falun des rêves ») et aux effets baroques d’une structure en miroir. Ce faisant, Aragon semble entretenir souterrainement un dialogue avec Lacan, qui avait de son côté médité dès 1964 la leçon aragonienne. En écho à l’analyse du Séminaire XI sur le tableau d’Holbein, Les Ambassadeurs, résonne cette phrase prêtée à l’acteur Romain Raphaël : « Dans ce que je vois il y a toujours ce que je ne vois pas ».

Pour télécharger l’article d’Alain Trouvé :

PDF - 942.9 ko

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Maryse Vassevière

Théâtre/Roman : « une leçon de ténèbres dans le langage » à explorer

Ce travail d’atelier sur Théâtre/Roman vise à élucider l’intrigue particulière de ce roman baroque (voir communication au séminaire de l’ITEM) en utilisant les schémas greimassiens pour une approche narratologique qui conclut au récit d’une mise à mort de l’Acteur et d’une victoire du Vieux. L’étude se poursuit par une approche sémantique (à travers la thématique de la liste des femmes de l’Acteur considéré ainsi comme un double de l’Auteur) et par une approche idéologique centrée sur le poème « La tragédie est d’ailleurs » qui signale aussi une étonnante « filiation » avec Kundera.

Pour télécharger l’article de M. Vassevière :

PDF - 1.2 Mo

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Roselyne Waller

Théâtre/Roman, « Je vais tuer Britannicus »

Dans le chapitre en forme de monologue « Je vais tuer Britannicus » de Théâtre/Roman, l’acteur Romain Raphaël répétant le rôle de Néron du Britannicus de Racine s’interroge sur les enjeux de l’interprétation de ce personnage de « monstre naissant ». Une lecture politique du passage permet de décrypter, à partir de la Rome impériale, des références à la guerre d’Algérie contemporaine de la diégèse et de repérer la forme particulière qu’y prend la métaphore plus large de l’histoire comme théâtre, tramée dans l’ensemble du roman. Par ailleurs un imaginaire de la monstruosité se déploie à partir de Néron pour affecter l’espèce humaine taxée de sauvagerie et contaminer le langage dérégulé dans sa forme même. Enfin à partir de la réflexion sur l’interprétation de Néron s’esquisse la conception d’un théâtre de la violence : celle-ci se révèle constitutive non seulement du métier d’acteur (qui s’approprie le rôle par effraction et se fait « prédacteur ») mais aussi de l’acte créateur lui-même - et elle ne va pas sans jouissance.

Pour télécharger l’article de R. Waller :

PDF - 974.7 ko
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