Érita : Équipe de Recherche Interdisciplinaire Triolet / Aragon
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[parution] Christian Gury, « Aragon, le parisien de Port-Bail », Non lieu, 2014

lundi 24 mars 2014, par C. G.

« Un été de la Belle Époque, Louis Aragon, onze ans, passe des vacances à Port-Bail, station balnéaire du Cotentin, qui avait été chantée par Hugo et Barbey d’Aurevilly, des rapprochements à faire entre les écrits sur Port-Bail des trois romanciers. Souvenir si marquant d’impressions poétiques, d’amour fou pour une pêcheuse de crevettes, d’observations sur les rapports sociaux que, illustration de sa technique de composition à partir de « pilotis » et de « lieux de fixation », l’écrivain l’émiette sur toute son oeuvre. Il s’en sert, notamment, comme tremplin pour lancer la féerie du Paysan de Paris ou la fresque politique des Cloches de Bâle, conclut sur lui l’autobiographique Le Mentir-Vrai, les dunes de Port-Bail le décor aussi de l’un des chapitres des Communistes. Ayant lui-même passé toute son enfance à Port-Bail, Christian Gury précise, par la géographie et l’histoire locales, les conditions du séjour et les raisons de l’enchantement d’un Aragon sensible aux plaisirs de la plage et de la mer. » (4e de couverture)

Christian Gury, Aragon, le parisien de Port-Bail, Non lieu, 2014, 340 p.

L’auteur propose un parcours dans l’ensemble de l’oeuvre d’Aragon. Il débusque dans La Défense de l’infini, Le Paysan de Paris, Les Voyageurs de l’impériale, et bien d’autres textes poétiques ou romanesques d’Aragon, toutes les références, non seulement à sa localité d’origine, Port-Bail, mais aussi aux vacances du jeune Aragon (ou de ses personnages) au bord de la mer ou ailleurs. Il recrée ainsi l’univers des villégiateurs de la Belle époque, en quête de "petits trous pas chers" à la portée de leurs bourses, la socialité des trains en partance pour la Normandie et celle des tables d’hôtes. Il évoque les distractions qu’Aragon (et d’autres) a pu connaître à Port-Bail, notamment les bains de mer, la pêche aux crevettes (évoquée dans Le Mentir vrai). Il lit de près les chapitres consacrés aux Felzer, qui se retrouvent à Port-Bail après le 22 septembre 1939 (chapitres supprimés de la deuxième version des Communistes). De nombreux auteurs sont cités, à commencer par Barbey d’Aurevilly (Le Chevalier des Touches est en partie port-baillais) et Hugo (exilé à Guernesey, en face de Port-Bail) : Jean de la Varende, Gilles Rosset, Nelly Kaplan, le poète William Cliff… On est étonné de constater la densité littéraire d’un tel lieu et de lire les pages souvent intéressantes qu’un érudit amoureux de sa région peut tirer d’un sujet a priori bien mince.

Ce dernier s’appuie avec précision sur de nombreuses études de chercheurs (N. Limat-Letellier, W. Babilas etc.). L’ouvrage, sérieusement documenté, comporte un appareil critique, une bibliographie et un index.

C. Grenouillet

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