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Hervé Bismuth, "Roman, romanesque et romance dans Le Roman inachevé", 2019

dimanche 31 mars 2019, par P. P.

La question du roman dans Le Roman inachevé : je voudrais d’abord remercier votre professeur Sandrine Costa de m’avoir suggéré cette piste d’étude. Il était a priori évident que Le Roman inachevé ne concernait que l’axe 2 de votre programme, avec ses deux questions : « La représentation littéraire » ; « Littérature et politique » ; c’était d’ailleurs d’une telle évidence que lorsque les éditions Atlande m’avaient contacté en juin dernier pour ce petit bouquin blanc et jaune, il était écrit dans le cahier des charges que « l’axe 1 n’a a priori aucune pertinence pour Le Roman inachevé ». Le résultat est du coup assez drôle : le seul ouvrage à votre programme n’entretenant « a priori aucune pertinence » avec la question du roman est le seul ouvrage ayant pour titre le mot roman. On sait bien — vous le savez bien — ce que le terme roman dans ce titre d’Aragon a de figural  : le « roman » dont il est question est certes le roman d’une vie, encore inachevée à l’heure où le poète âgé de 59 ans publie ce livre. Mais on aurait tort pour autant de se priver de faire le tour des virtualités appelées par un tel titre : le substantif roman est-il ici seulement une figure de la vie du poète ? Est-il d’ailleurs seulement une figure ? Le terme même de roman renvoie quoi qu’il en soit à des questions que Le Roman inachevé mérite qu’on lui pose : un « roman » est un récit, ce que n’est pas a priori l’ouvrage de 1956, construit par la succession de quelques dizaines de discours discontinus, ces petits « poèmes » qui forment cette chose finale qui s’appelle un poème au singulier, et qui n’est surtout pas un « recueil », mais un ouvrage présentant une unité discursive et thématique. Mais ce poème s’inscrit pourtant dans le genre autobiographique — ce qu’affirmait la quatrième de couverture de 1956 —, genre par essence narratif, qu’on le veuille ou non (comment faire autrement ?). Il est vrai d’autre part que le substantif roman renvoie à des sens particulièrement lisibles par exemple dans le dérivé romanesque — même si Albert Thibaudet affirmait que « tout roman n’est pas nécessairement romanesque [1] » —, qui adjective ce qui caractérise a priori le roman : aventures extraordinaires, vies remarquables, destinées enviables… La question du roman pose également, outre celles de la mise en récit et du romanesque, celle de la fiction, au sens où fiction s’oppose à vérité, question d’autant plus utile à poser qu’elle problématise l’aspect autobiographique que revendique Le Roman inachevé. J’ajouterai à ces questions celles ouvertes par la convocation du substantif romance, qui a la même origine que le mot roman, mais qui désigne des écrits sentimentaux et appartiennent a priori au genre de la poésie et même de la chanson — encore qu’en espagnol romance désigne l’épopée, encore qu’en anglais romance désigne tout simplement le roman d’une époque antérieure à celle où le roman s’appellera novel, celle des romans de chevalerie et des grandes histoires d’amour. Roman, romanesque, romance : je propose un parcours en trois étapes (non pas par souci de la tradition, mais parce que je n’en ai pas trouvé d’autres) : une première, consacrée aux questions ouvertes dans l’œuvre par ce titre Le Roman inachevé ; une deuxième consacrée à la double question posée par le romanesque à l’œuvre : celle de la vérité et de la fiction, celle de la composition narrative de l’œuvre ; une troisième qui consistera à peu près à répondre à la question : dans quelle mesure l’ouvrage d’Aragon pourrait-il être un ou une romance ?

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Notes

[1] Albert Thibaudet, « Réflexions sur le roman », 1924.

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