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Présentation du Paysan de Paris par Franck Merger

mardi 12 avril 2005, par L. V.

Le Paysan de Paris.
L’ouvrage comporte quatre sections : " Préface à une mythologie moderne " ; " Le passage de l’Opéra " ; " Le sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont " ; et " Le songe du Paysan ".

Période de rédaction :
L’écriture du Paysan de Paris s’étend vraisemblablement sur trois périodes. Au printemps et dans l’été 1924, jusqu’en août, sont écrits la " Préface à une mythologie moderne " et " Le passage de l’Opéra ". " Le sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont " est probablement entrepris dans les derniers jours d’août 1924, et l’écriture s’en poursuit sans doute jusqu’à la fin de l’hiver suivant ou au début du printemps 1925. " Le songe du Paysan ", ajouté pour l’édition en volume, est écrit pour l’essentiel à la fin de l’année 1925 ou au début de 1926.

Edition présentée ci-contre : édition originale en nrf (1926)

Edition utilisée : Nous utilisons une édition disponible actuellement en librairie, dont les références sont les suivantes : Aragon, Le Paysan de Paris, [Paris], Gallimard, " Folio ", 1972, 248 p.

Edition originale :
Aragon, Louis, Le Paysan de Paris, Paris, Librairie Gallimard/Editions de la Nouvelle Revue Française, 1926. L’édition porte un achevé d’imprimer daté du 20 juillet 1926.

Prépublication :
La pré-publication a lieu dans deux revues et s’étend sur deux périodes.
La " Préface " et " Le passage de l’Opéra " paraissent dans les livraisons mensuelles de La Revue européenne, du n° 16, daté du 1er juin 1924 au n° 19, daté du 1er septembre 1924. L’extrait du n° 18 est accompagné de deux dessins de Pierre Naville.
" Le sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont " paraît également dans La Revue européenne, du n° 25, daté du 1er mars 1925, au n° 28, daté du 1er juin 1925. Les extraits du n° 25, du n° 26, du n° 27, comportent respectivement un portrait d’Aragon, un portrait de Breton et un portrait de Marcel Noll, dessinés par André Masson.
Quatre textes publiés au même moment dans La Révolution surréaliste seront incorporés à la toute fin de ce qui s’appellera " Le songe du Paysan ", dernière section du Paysan de Paris, dans l’édition originale en volume : une phrase isolée qui se trouve dans le n° 3 de La Révolution surréaliste, daté du 15 avril 1925 ; un ensemble de phrases qui occupe une pleine page du même numéro, sous le titre " Idées " ; un aphorisme unique qui apparaît dans le n° 4, daté du 15 juillet 1925 ; et un texte qui figure dans le n° 5, du 15 octobre 1925, sous le titre " Avis ".

Editions disponibles :
[Paris], Gallimard, " Folio ", 1972, 248 p. L’édition est disponible dans le commerce, dans une réimpression de 1997.
L’OEuvre poétique, 15 tomes, [Paris], Livre Club Diderot, 1974-1981. Le Paysan de Paris se trouve dans : t.III, 1926, 397 p., pp. 81-341 ; il est accompagné de notes de Jean Ristat figurant pp. 385-390. Cette édition se trouve assez souvent dans les bibliothèques universitaires.
L’OEuvre poétique, 7 tomes, Paris, Messidor, 1989-1990. Le Paysan de Paris se trouve dans : t. I, 1917-1926, 992 p., pp. 701-912. Cette édition, qui reproduit en 7 volumes les 15 volumes de l’édition précédente, se trouve aussi dans les bibliothèques universitaires.

Contenu :
Approche 1, synoptique : La " Préface à une mythologie moderne " se présente comme le pastiche d’une méditation philosophique inscrite dans l’expérience du narrateur. Celui-ci y prend le contre-pied de " la fameuse doctrine cartésienne de l’évidence " (p. 10) et de son corollaire, à savoir le dualisme opposant la raison aux sens, le rationalisme au sensualisme, la connaissance à l’imagination et à l’erreur. Dans " Le passage de l’Opéra ", le narrateur se fait " passant rêveur " (p. 20) et arpente en solitaire les deux galeries du passage en question, situé à Paris près de l’Opéra et promis à une destruction prochaine en raison du percement du boulevard Haussmann. Cette promenade donne lieu à la " description " des commerces des galeries, à laquelle s’entremêlent l’évocation de souvenirs liés à Dada et le rappel d’expériences personnelles qui se sont déroulées en ces lieux. Le mouvement du " Sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont ", organisé en chapitres, semble le suivant : un chapitre de réflexion philosophique sur la " pensée figurative " (p. 142), source de la mythologie, et sur la " mythologie moderne " ; un chapitre venant illustrer ces propos par l’exemple - les distributeurs d’essence sont des divinités modernes ; le chapitre 3 illustre lui aussi le chapitre 1, puisqu’il présente les jardins comme le produit de la pensée figurative ; le chapitre 3 amène dans le chapitre 4 une réflexion sur le " sentiment de la nature " ; dans le chapitre 5, le spectre de l’ennui vient interrompre les réflexions du narrateur, qui se rend chez Breton ; des chapitres 6 à 17, André Breton, Marcel Noll et le narrateur se promènent de nuit dans le parc des Buttes-Chaumont. Enfin, la quatrième partie du Paysan de Paris, " Le songe du Paysan ", se présente à son tour comme une réflexion philosophique sur le concret, accessible en particulier à travers l’expérience amoureuse. Il semble que le narrateur y tente de dépasser les thèses de Hegel sur cette même question.
Approche 2, anthologique : Quelques-uns des passages du Paysan de Paris sont bien connus et sont souvent cités. Il s’agit en particulier du passage portant sur la blondeur et sur la comparaison : " les hommes n’ont trouvé qu’un terme de comparaison à ce qui est blond : comme les blés, et l’on a cru tout dire. " (pp. 51-52) ; du " Discours de l’Imagination " sur l’image et sur le surréalisme, dont on a remarqué la portée manifestaire (pp. 80-84) ; du chapitre présentant les distributeurs d’essence comme des divinités modernes (pp. 144-146) ; et du passage dans lequel le narrateur évoque le moment de sa vie où, en se levant dans son esprit, l’idée de l’amour lui permet de dépasser l’idéalisme hégélien : " j’entrais dans cet univers concret, qui est fermé aux passants. " (pp. 238-242).
Approche 3, philosophique : " C’est le roman de ce que je fus en ce temps-là. Où la description est réservée aux lieux, et l’histoire est celle de l’évolution d’un esprit, à partir d’une conception mythologique du monde, vers le matérialisme, qui ne sera point atteint aux dernières pages du livre, mais seulement promis [...]. ", écrit Aragon dans Je n’ai jamais appris à écrire ou les incipit (1969) à propos du Paysan de Paris. Son analyse, qui se situe là dans le domaine philosophique, est résolument téléologique, orientée qu’elle est vers l’émergence du matérialisme. Il n’en demeure pas moins que Le Paysan de Paris se présente comme le laboratoire philosophique d’une pensée en mutation, nourrie de la lecture des textes de Platon, de Descartes, de Kant, de Schelling, de Hegel ...
Approche 4, poéticienne : Plusieurs aspects de la poétique de l’œuvre retiennent l’attention. Le premier consiste en la construction même de l’œuvre, placée sous le signe de l’hétérogénéité, en ce qui concerne le genre (Aragon choisit de faire figurer Le Paysan de Paris dans L’Œuvre poétique), la sémiotique (l’œuvre accueille des collages textuels et graphiques), la typographie, etc. Le deuxième concerne l’évaluation des caractères narratif et romanesque de l’œuvre ; et le troisième, la description de la réalité concrète.

Commentaires d’Aragon sur Le Paysan de Paris :
Au moment où il écrit et publie dans les revues Le Paysan de Paris, Aragon entretient une correspondance avec le couturier et mécène Jacques Doucet, dans laquelle il évoque ses activités littéraires du moment. On peut lire ces lettres dans :
Aragon, Papiers inédits. De Dada au surréalisme (1917-1931), édition établie et annotée par Lionel Follet et Edouard Ruiz, Paris, Gallimard, " Les Cahiers de la N.R.F. ", 2000, 429 p. (voir pp. 71-83)
" Critique du Paysan de Paris (une jacquerie de l’individualisme) ", L’Infini, n° 68, hiver 1999, pp. 74-78. Ecrit en juillet 1930, ce texte a connu là sa première publication.
Je n’ai jamais appris à écrire ou les incipit, Genève, Skira, 1969 ; ce texte est repris dans : Œuvres romanesques croisées d’Elsa Triolet et Aragon, t. XLII, Paris, Robert Laffont, 1974, 297 p., pp. 147-297. (voir pp. 197-206)

Présentation et résumé au format html {HTML} Etudes et articles de référence :
Ouvrage et extraits d’ouvrages :
Daix, Pierre, " La Dame des Buttes-Chaumont : prélude " et " La Dame des Buttes-Chaumont : fin de partie ", in Aragon. Une vie à changer, Paris, Flammarion, 1994, 564 p., pp. 203-209 et 210-215.
Decottignies, Jean, " Magique-circonstancielle, la prostituée des passages ", in L’Invention de la poésie. Breton, Aragon, Duchamp, [Lille], Presses Universitaires de Lille, " Objet ", 1994, 213 p., pp. 89- 160.
Gindine, Yvette, " Le Paysan de Paris ", in Aragon prosateur surréaliste, Genève, Librairie Droz, 1966, 116 p., pp. 57-76.
Lévi-Valensi, Jacqueline, " Le roman au hasard de lui-même ", in Aragon romancier d’Anicet à Aurélien, Paris, S.E.D.E.S., " Romans et romanciers ", 1989, 286 p., pp. 86-113.
Meyer, Michel, Michel Meyer présente Le Paysan de Paris d’Aragon, Paris, Gallimard, " Foliothèque ", 2001, 158 p.
Articles proposant la lecture d’un passage de l’œuvre :
Bougnoux, Daniel, " Deux brefs manifestes de Louis Aragon ", L’Icosathèque - 20th, n° 1, série " Le siècle éclaté ", n° 1, 1974, pp. 31-37.

- , " En blond adorable ", in Bougnoux, Daniel et Gateau, Jean-Charles (éds.), Le Surréalisme dans le texte (Actes du Colloque " Le surréalisme dans le texte ", 15-17 mai 1975, Université des Langues et Littératures de Grenoble), Grenoble, Publications de l’Université des Langues et Littératures de Grenoble, 1978, 320 p., pp. 63-83.
Vigier, Luc, "La métaphore optique dans quelques romans d’Aragon", Recherches Croisées n°5, 1994, 131-148.
Articles portant en partie ou en totalité sur la poétique de l’œuvre :
Calin, Françoise, " Le Paysan de Paris et son entreprise insensée ", Degré second, n° 9, sept. 1985, pp. 51-65.
Dollo Gaggiato, Christiane, " Le mouvement flou : Mystification et transgression dans les premiers écrits d’Aragon ", Lendemains, n° 50, 1988, pp. 109-119.
Drijkoningen, Fernand, " La fonction du narrataire dans Le Paysan de Paris ", Mélusine, n° 4, 1982, pp. 267-276.
Kotler, Eliane, " Sens et sensations. Regards sur les collages et la typographie dans Le Paysan de Paris ", Les Mots La Vie, n° 5, 1987, pp. 69-80.
Voir aussi cet article de François Bon
Articles portant en partie ou en totalité sur les enjeux philosophiques de l’œuvre :
Apel-Muller, Michel, " D’Hippias mineur et d’Alcibiade au Paysan de Paris ", in Didier, Béatrice et Neefs, Jacques (éds.), Manuscrits surréalistes. Aragon, Breton, Eluard, Leiris, Soupault, Saint-Denis, Presses Universitaires de Vincennes, 1995, 266 p., pp. 179-193.
Nerlich, Michael, " A l’assaut du monde réel : de Kant à D’Holbach dans l’œuvre d’Aragon ", La Pensée, n° 203, janv.-fév. 1979, pp. 3-19.
Ouellet, Pierre, " Métaphysique de la vue ; passages du Paysan de Paris ", in Arrouye, Jean (éd.), Ecrire et voir. Aragon, Elsa Triolet et les arts visuels, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 1991,272 p., pp. 191-209.
Piégay-Gros, Nathalie, " Philosophie de l’image ", Recherches croisées Aragon/Elsa Triolet, n° 5, 1994, pp. 149-16.
Articles étudiant la lecture de l’œuvre faite par Walter Benjamin :
Dupouy, Christine, " Passages - Aragon/Benjamin ", Pleine Marge, n° 14, déc. 1991, pp. 41-57.
Leenhardt, Jacques, " Le passage comme forme d’expérience. Benjamin face à Aragon ", in Wisman, Heinz (éd.), Walter Benjamin et Paris (Actes du Colloque international " Walter Benjamin et Paris ", 27-29 juin 1983, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris), Paris, Le Cerf, 1033 p., pp. 163-171.
[F.M]

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